lundi 27 avril 2026

Cartes de visite : 6 fautes typographiques à bannir

 « Faire une faute sur une simple petite carte de visite ! Non mais vraiment, il faudrait être idi… » Stooop ! Ne dites rien que vous pourriez regretter. De telles fautes existent en nombre. Il est même probable que vous en commettiez aussi. Vérifiez par vous-même, vous risquez d’être surpris.

Un monsieur en costume est assis à son bureau. Il se gratte le menton et semble plus que perplexe à la lecture d’une carte de visite qu’il tient dans sa main.
Oh ! Oh ! Quelque chose ne doit pas aller sur cette carte de visite !


Regardez plutôt ces trois illustrations ! Oui, le premier exemple de carte donné est volontairement exagéré.
Exemple de carte de visite sur laquelle règne une joyeuse cacophonie.
Mais quelle cacophonie !
Il règne ici un désordre total. Cet exemple est cependant très instructif, car il nous permet de bien saisir – comme une simple petite pomme a permis à Newton de comprendre l’attraction terrestre – qu’aucun employeur, aucun client n’accordera sa confiance au concepteur d’un tel document.

La deuxième carte présentée est moins grossière.

Carte de visite avec quelques fautes de typographie et d’orthotypographie : numéro de rue non suivi d’une virgule, une espace de trop entre les chiffres du code postal de la ville, etc.
Pas top ! Peut mieux faire !

Elle contient pourtant plusieurs erreurs. Il est peut-être difficile de repérer précisément chacune d’elles, mais elles sont là et vous le sentez confusément. Leur cumul peut provoquer un léger malaise chez le lecteur.

La troisième carte, en revanche, ne contient plus de fautes. 

Exemple de carte de visite très bien rédigée
Ah ! Là, c’est bien !
Elle est la seule en mesure d’inspirer la confiance que l’on souhaite susciter en remettant ce genre de petit carton si pratique.


Ce que vous avez toujours vu (sans toujours savoir l’appliquer)

Juste avant de vous donner une liste de ces fautes les plus fréquentes, il nous faut encore préciser ceci : il existe des conventions d’écriture, notamment des règles de typographie et d’orthotypographie précises, que l’on peut par exemple retrouver dans le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale

Ces règles sont appliquées par les éditeurs et par la presse que vous lisez régulièrement. Vous ne les connaissez pas forcément, et pourtant vous y êtes habitué depuis votre enfance ; elles sont ancrées en vous, même si vous n’avez jamais appris à les reproduire fidèlement à l’école… et la plupart des Français sont dans votre cas.

Pourtant – et c’est ce que j’explique tout le temps aux étudiants ou aux adultes que j’accompagne –, plus vos écrits respectent ces conventions, plus vous transmettez une image professionnelle fiable.

Le même monsieur que sur la première photo. Dans sa main, il tient toujours la carte de visite, mais le côté texte face à l’écran. Cette carte est la plus fautive des trois  présentées en début d’article.
Tout s’explique ! C’était le premier exemple qu’il lisait au départ !
On comprend mieux la tête qu’il faisait.

De M. à Cedex, en passant par un bien curieux trait d’union

Alors voici à présent les six erreurs les plus fréquentes qui peuvent être commises sur ces fameuses cartes de visite.

1. Le titre de civilité

Il convient d’écrire M. pour abréger monsieur, et non Mr. C’est l’une des fautes les plus répandues aujourd’hui. Il vous suffira de jeter un coup d’œil sur les boîtes aux lettres de votre rue pour vous en convaincre. La seule abréviation reconnue et applicable est donc bien M.

2. La virgule après un numéro de rue

Le numéro d’une rue, d’une avenue, d’une impasse, etc., doit être suivi d’une virgule. On habite 3, rue Napoléon (au numéro 3 de la rue Napoléon), et non 3 rue Napoléon.

Il en est de même en présence d’un bis (ou d’un ter: 3 bis, rue Napoléon.


3. Pas de majuscule au type de voie

Rue, avenue, impasse, boulevard (abréviation bd, sans point final et sans majuscule au b)… sont des noms communs et ne prennent donc pas de majuscule : 18, boulevard Magenta ; 15, rue Solférino.

4. Le nom de votre rue

Voici peut-être le point qui vous étonnera le plus, et sur lequel il est pourtant commis le plus de fautes : lorsqu’un nom de rue comporte plus de deux éléments, un trait d’union doit apparaître entre chacun d’eux, y compris lorsque ce nom est celui d’une personnalité. On habite 6, rue du Gué-Fleuri ; 15, rue Charles-de-Gaulle ; 12, boulevard Louis-Pasteur ; 3, impasse des Trois-Martyrs-de-Juillet ; 8, rue Saint-Dominique

Je sais, ces traits d’union en surprendront plus d’un. Ils ne sont pourtant pas optionnels. Leur raison d’être est expliquée dans un autre article de ce blog : Un monde sans fautes : Rue du Trait-d’Union-qui-Rit (le trait d’union dans les noms de rue). Je vous invite à le lire. Vous comprendrez tout !


5. Le nom de votre rue (bis)

Vous l’aurez peut-être déjà remarqué dans les exemples donnés ci-dessus : les éléments composant le nom d’une voie sont systématiquement écrits avec des majuscules, parce que le nom d’une voie est – dans son ensemble – un nom propre !

On n’habite pas dans la rue de la gare, une rue seulement située à proximité d’une gare, mais bien rue de la Gare, une rue qui porte ce nom. Et je prends cet exemple d’autant plus volontiers que je demeure dans une commune où ne passe jamais aucun train et qui possède une rue de la Gare (une gare qui a existé autrefois).

On écrira donc avenue des Trois-Lys, rue des Francs-Bourgeois ou rue du Bois-Joli, en prenant soin de mettre des majuscules aux noms communs et aux adjectifs qui composent ce nom propre.


6. À propos du code postal et du fameux cedex

Oui, n’oublions pas ce détail qui n’en est finalement pas un au vu de la brièveté d’une carte où chaque élément compte : il convient de ne pas laisser d’espace entre les chiffres du code postal. On écrira 29200 Brest, et non 29 200 Brest.

Quant à cedex, ne l’oubliez pas : ce sigle signifie Courrier d’entreprise à distribution exceptionnelle. Il n’y a pas d’accent sur le premier e de entreprise ; il convient donc de ne pas en mettre non plus sur cedex.

Voilà donc l’essentiel des erreurs que l’on retrouve fréquemment sur les cartes de visite. Ah ! Encore quelques précisions…


Et une petite précision destinée aux incrédules Une !

J’ai hésité à ajouter ce paragraphe, mais je le fais quand même, ne serait-ce que pour éviter ce type de commentaires : « C’est n’importe quoi cet article ! Des traits d’union dans les noms de rue ! Des virgules après les numéros de rue… Et puis quoi encore ? On n’en voit jamais sur les enveloppes ! »

Oui, la Poste, pour faciliter son tri, demande de ne pas mettre de traits d’union dans les adresses écrites sur les enveloppes. Elle demande aussi de ne pas mettre de virgule après le numéro de rue, de tout écrire en majuscules et de ne pas utiliser d’accent…

Mais le code de la Poste n’est pas celui de l’Imprimerie nationale, encore moins celui de l’Académie française ! Et le code utilisé pour les enveloppes postales n’est pas celui que vous devez utiliser pour vos CV, vos lettres de motivation ou vos cartes de visite.

Cinq derniers conseils pour parfaire vos cartes de visite ? On y va…


Cinq conseils généraux pour finir

Une carte de visite peut également contenir une brève description de votre activité… Dans tous les cas, voici cinq réflexes à adopter.

Vérifiez toujours l’orthographe usuelle

Comme pour tout écrit professionnel, vérifiez plutôt deux fois qu’une l’orthographe des mots que vous utilisez. En bref, relisez-vous bien pour ne pas laisser passer de fautes.

Majuscules : évitez l’overdose

Évitez au maximum la multiplication des majuscules, afin de ne pas trop charger votre texte. Donc, partez à la chasse aux majuscules inutiles.


Oui, les accents sur les majuscules, c’est bien

Utilisez les accents sur les majuscules. Ces accents sont très fortement conseillés aujourd’hui et ont toute leur raison d’être (lire à ce propos Un monde sans fautes : Quand il devient capital d’accentuer ses capitales (les accents sur les majuscules).

Et ces accents seront d’autant plus nécessaires si vous écrivez votre nom de famille en majuscules, pour éviter que votre interlocuteur ne le prononce mal : convenez que Michel FRÉDÉRIC sera bien moins ambigu que Michel FREDERIC.


Soignez vos espaces et votre ponctuation

Soignez vos espaces avant et après les signes de ponctuation, les parenthèses, etc. Une mauvaise gestion des espaces donne très vite à vos écrits un aspect anarchique du plus mauvais effet. Si vous avez des doutes sur l’emplacement de ces espaces, l’article suivant vous remettra sur les bons rails : Un monde sans fautes : La conquête des espaces (espaces et signes de ponctuation)


Vos coordonnées téléphoniques et électroniques ?

Pour les premières, difficile de trouver des avis totalement convergents. Le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale rappelle que les numéros de téléphone se composent de cinq groupes de chiffres séparés par un blanc (pas de points ni de tirets). Exemple : 06 00 00 00 00.

La rédaction du journal Le Monde, entre autres, déroge à cette règle et ajoute un tiret entre chaque paire de chiffres, estimant qu’ainsi, il est plus facile à ses correspondants de composer le numéro sans se tromper.

Normalement, nous devrions aussi retrouver devant ces chiffres un « Tél. : ».

Mais sur une petite carte de visite, avouez qu’un Tél. : 06-00-00-00-00 ferait un peu lourd. Pour alléger un peu vos cartes, je conseille donc en la matière un très simple et très sobre Tél. 06 00 00 00 00.

La simple mention d’une adresse électronique, sans Mél. ou e-mail devant, peut suffire. Si l’on décide de préciser Mél., courriel, e-mail, il faut en revanche proscrire Mel, Mailemail, qui sont fautifs. La bonne écriture, qu’on se le dise, est donc Mél., e-mail ou courriel.

On retiendra encore que BP doit bien s’écrire ainsi, sans point derrière chaque lettre.


Une carte de visite tient sur quelques lignes seulement.
C’est précisément pour cette raison que la moindre faute y devient immédiatement visible.

Soigner ces détails typographiques n’est pas une manie d’éditeur ou de correcteur : c’est une manière simple de montrer votre sérieux et votre professionnalisme.

Le monsieur en photo au tout début de l’article tient toujours dans sa main une carte de visite, cette fois sans fautes typographiques. Il est tout sourire.
« Qu’elle est belle, sans fautes, ma carte de visite ! »


Ci-joint ou ci-jointe ?

« Vous trouverez ci-joint ma carte de visite » ou « vous trouverez ci-jointe ma carte de visite » ? Un petit doute ? Rien de plus normal ! Retrouvez tout ce qu’il faut savoir sur l’accord de ci-joint, ici : Un monde sans fautes: Ci-joint mon CV, avec une belle faute en prime

lundi 19 mai 2025

C’est ou s’est ? C’est facile !

C’est une réelle difficulté pour beaucoup : C’est ou S’est, CE sont ou SE sont, C’était ou S’était, etc. Alors voici une astuce et quelques explications… Et à la fin de ce petit article, vous ne devriez plus jamais vous tromper.

Petit encadré où l’on retrouve en style manuscrit : « C’est ou s’est ? »


Dessin réaliste d’un jeune homme qui trébuche contre un trottoir et se rattrape au bras d’une jolie jeune fille.
Un petit rappel pour commencer ?

  • Presque toujours, vous trouverez CE devant un nom.

    Ce matin, Jean n’a pas vu ce trottoir

  • SE, en revanche, prendra toujours place devant un verbe.

    Jean se croyait plus adroit.

    Il se rattrape à temps au bras d’une jeune femme qui se prénomme Jeanne.

  • Il n’y a que devant le verbe être qu’il est à la fois possible de trouver ce ou se (ou leur contraction c’ et s’:

    C’est malin, ce n’est pas malin.

    Il s’est légèrement tordu la cheville.

    Jeanne et Jean se sont rencontrés comme cela.

    Ce sont là les faits.

Encadré où figure ce rappel : « Ce + nom ; se + verbe ; ce/se ou c’/s’ + être. »

Mais alors, c’est c’est ou s’est ? Voici l’astuce

Allez, nous allons directement vous donner l’astuce à retenir !

  • S’est est toujours précédé de il, elle, on… ou d’un sujet à la 3e personne du singulier. 

    Ampoule jaune lumineuse avec des yeux et un grand sourire, style « Tilt ! »

    Il S’est fait mal.

    Elle S’est inquiétée.

    On S’est tout de même fait peur.

    Jeanne (elle) S’est intéressée à ce garçon maladroit.

  • S’il n’y a pas devant il, elle, on ou un sujet à la 3e personne du singulier, on écrit c’est (cela est).

    C’est tout de même leur jour de chance !

    Ce n’est pas tous les jours que de telles choses arrivent.

Et cela fonctionne exactement pareil pour : s’était et c’était ; se sera, ce sera ; se serait et ce serait

Demain, ce sera un plus beau jour.

En d’autres circonstances, il se serait étonné de tomber aussi vite amoureux.


Astuce clé : s’est avec il, elle, on devant ; sinon, c’est c’est !


Et pour ce sont et se sont, on fait comment ?

Eh bien on fait pareil ! Avec la même astuce, à peu de chose près, puisque nous ne retiendrons pas ici le on qui est seulement suivi du singulier.

  • Se sont sera toujours précédé de ils, elles… ou d’un sujet à la 3e pers. du pluriel.
  • Ils SE sont rencontrés ainsi.

    Elles SE sont dit qu’ils avaient de la chance.

    Jean et Jeanne SE sont rapidement donné rendez-vous.

  • Dans les autres cas, on écrit ce sont.

    Ce sont des gens heureux !

Astuce clé : se sont avec ils, elles devant ; sinon, c’est ce sont !


S’est ou c’est… Pour aller plus loin !

Allons à présent un tout petit peu au-delà de l’astuce que nous vous avons donnée. Une astuce, en grammaire, doit toujours pouvoir s’expliquer.

Pourquoi trouve-t-on toujours s’est après il, elle, on ou un sujet à la 3e personne du singulier… et se sont après ils, elles ou un sujet à la 3e personne du pluriel ? Tout simplement parce que nous sommes ici en présence de verbes pronominaux (ex. s’envoler, se parler, s’entendre), conjugués avec l’auxiliaire être à un temps composé. 

Même ampoule jaune lumineuse que l’image précédente, mais un peu de travers.

Exemples : il s’est envolé, ils se sont entendus (passé composé des verbes s’envoler et s’entendre).

  • Donc lorsque vous avez un se devant un verbe, c’est parce qu’il s’agit d’un verbe pronominal…

  • Et lorsque vous avez se ou s’ devant l’auxiliaire être, c’est parce que ce verbe pronominal est conjugué à un temps composé.

  • Plus encore ! Mais encore faut-il le dire : en français, vous ne trouverez jamais un se ou un s’ ailleurs que devant un verbe pronominal.

Et cela vaudra aussi pour tous les autres temps composés !

Plus-que-parfait : Jean s’était cassé la figure, leurs chemins s’étaient croisés.

Futur antérieur : on se le sera rappelé, les tourtereaux se seront envolés.

Passé antérieur : elle se fut émue, ils se furent aimés.

Subjonctif passé : qu’elle se soit posé des questions, qu’ils se soient dit oui.

Conditionnel passé : il se serait rattrapé à un monsieur, ils ne se seraient pas mariés.

Etc.

C’était assez clair ?


samedi 25 janvier 2025

Orthographe : l’IA est-elle une bonne correctrice ?

Nous avons testé ChatGPT en matière d’orthographe, en deux temps, aux mois de juin et de décembre 2024, en lui soumettant des documents que l’on peut retrouver sur le blog unmondesansfautes.com. Il s’agit de trois tests sur les participes passés (tests à difficulté croissante) et d’un jeu intitulé « Le cent fautes ». Avant de vous livrer les scores obtenus par l’IA, quelques constats.

Image générée par IA montrant évolution de la correction orthographique à travers les âges. À gauche, un écrivain du XVIIIe siècle assis devant sa table ; il a une plume d'oie à la main, des papiers devant lui, et semble réfléchir. Au centre, une dame des années 1920 tape sur une machine à écrire ; cette machine à écrire est étonnante puisque, générée par IA, elle possède deux claviers. À droite, une jeune femme, de dos, regarde l'écran de son ordinateur ; elle semble se poser des questions sur les corrections orthographiques proposées par l'IA, et des points d'interrogation apparaissent au-dessus de sa tête.

Enthousiasmante IA ! qui permet la génération d’images comme celle-ci (conçue par Grok). Enfin, mis à part le côté aberrant de cette machine à écrire… Et en correction orthographique, que vaut pour sa part ChatGPT ? Trouvera-t-on aussi dans ses propositions de correction quelques aberrations ?





Autant le dire tout de suite, GPT-4 est un outil intéressant en matière de correction. Sa rapidité d’exécution, dans ce domaine comme dans d’autres, est impressionnante. Alors oui, on ne peut que recommander de l’utiliser pour éliminer les principales fautes d’un document… Toutefois, il y aura dans ce qui va suivre de très gros « MAIS ! »

(Nous avons aussi testé brièvement deux autres IA : LanguageTool et Scribbr, qui nous semblent a priori moins intéressantes que GPT-4 – nous donnerons également quelques-uns de leurs résultats. Toutes les remarques générales que nous ferons à propos de ChatGPT pourront en grande partie leur être applicables.)


Corrections de l’IA : une aide appréciable

GPT-4, comme un simple correcteur Word, détectera la très grande majorité de vos fautes d’orthographe usuelle (si vous avez oublié un « p » à « appeler », par exemple).

En ce qui concerne les fautes de grammaire, le correcteur Word sera bien en deçà de l’IA. Mais on le savait depuis longtemps : Word et la grammaire font bien deux.

ChatGPT est en mesure de corriger certaines phrases recelant des règles grammaticales assez complexes. Il pourrait même être parfois un peu supérieur, de ce point de vue, au précieux logiciel professionnel Le Robert correcteur, utilisé par nombre de grands journaux.

Une aide appréciable : oui, mais…

Les petites batteries de tests que nous avons effectuées en deux fois, aux mois de juin et de décembre (en utilisant à chaque fois les mêmes documents), nous révèlent donc ceci :


L’un des meilleurs outils de correction

GPT-4 obtient de meilleurs résultats que la plupart des logiciels de correction. Il devient par là même un outil très utile pour la révision de vos textes. Il est à noter que la comparaison entre ChatGPT et Le Robert correcteur semble donner un léger avantage au premier. La différence entre les deux reste cependant bien mince.


Orthographe usuelle : toujours quelques coquilles

Il est encore certaines fautes courantes que l’IA ne détecte pas (contrairement au Robert correcteur), comme « par acquis de conscience », au lieu de « par acquiT de concience », ou « sans aucun frais », au lieu de « sans aucunS frais ». Pas plus au mois de juin que ces derniers jours, GPT-4 n’a pu corriger ces fautes… Un problème mineur qui sera sans doute réglé très rapidement.


La grammaire ne change pas ; celle de ChatGPT, si

GPT-4 peut corriger une faute de grammaire liée à une règle complexe en vous expliquant pourquoi il a procédé à cette rectification. Cependant, ne lui accordez pas toute confiance : si vous lui soumettez une même phrase à quelques minutes d’intervalle, il peut très bien arriver à la bonne solution dans un premier temps, et à une autre conclusion ensuite, tout en justifiant sa nouvelle réponse avec le même aplomb que précédemment.

Capture d’écran de ChatGPT. L’IA donne une explication fantaisiste sur l’accord des adjectifs numéraux, afin de justifier un « s » qui n’a pas lieu d’être.

Obstination artificielle ! GPT-4 soutient ici qu’il faut mettre un « s » à « vingt » dans « quatre-vingt mille euros » ! Il réécrit la règle à sa sauce et vous induit en erreur sans « sourciller ». Pour rappel, voici la vraie règle : Accord des adjectifs numéraux.


















Le problème de la contextualisation

En effet, là où Le Robert Correcteur se contentera de vous signaler de faire attention tout en vous rappelant la règle, l’IA corrigera, sans prendre en compte ses propres faiblesses, et notamment celle de ne pas pouvoir assez contextualiser les mots qu’elle examine. Reprenons cet exemple que l’on trouve dans le test du « Cent fautes ». Il y est question des couleurs des anciennes tenues de prisonnier : blanc et noir. Des tenues bicolores, « blanc et noir », donc, comme le veut la règle d’accord des adjectifs de couleur, et non « blanches et noires », tel que le corrige l’IA, incapable, contrairement à tout un chacun, de se représenter la scène décrite par l’auteur.

(Écrire « des tenues blanches et noires » reviendrait à dire que les prisonniers revêtaient pour les uns des tenues toutes blanches, pour les autres des tenues toutes noires. Pour ceux qui auraient encore un doute, voici le lien qui explique… les règles d’accord des adjectifs de couleur.)


Pour vos prompts, un conseil en passant

Attention aussi aux instructions que vous donnerez à ChatGPT : précisez que vous désirez seulement une correction orthographique et grammaticale de votre texte, et aucunement des modifications de phrases ou de vocabulaire… Vous risqueriez autrement de vous retrouver avec des changements impromptus, quelquefois farfelus. Dans l’un de nos tests, « un homme frustre », que l’on aurait pu légitimement s’attendre à voir corriger « un homme frusTE », est devenu « un homme frustré » (malgré notre demande préalable de ne pas changer le vocabulaire).


GPT 4, Le Robert correcteur… Les scores (enfin !)

Allez, voici donc les scores de GPT-4 aux tests d’orthographe et de grammaire que nous lui avons fait passer. Rappelons que les tests sur les participes passés sont de niveaux croissants, des plus faciles aux plus « difficiles ».

On notera le très mauvais score de ChatGPT pour le test le plus compliqué sur les participes passés. Une personne entraînée et connaissant bien les règles obtiendrait de son côté (assez facilement) un score supérieur ou égal à 18/20.

Vous trouverez dans la deuxième colonne le score du logiciel Le Robert correcteur, et vous verrez que ce logiciel, malgré l’arrivée de l’IA, demeure un outil très compétitif.

IA et orthographe. Tableau montrant les résultats des tests auxquels ChatGPT a été soumis.

5 points pour résumer et conclure

  • Meilleur que la plupart des logiciels de correction, GPT-4 est un outil très utile pour éliminer nombre de fautes dans vos documents.

  • Soyez précis dans vos instructions initiales. Demandez-lui de ne pas changer le vocabulaire ou les structures de vos phrases sans vous en informer. Vous risqueriez autrement d’avoir de fâcheuses surprises à la relecture.

  • L’IA laissera cependant des fautes. Il lui demeure impossible de prendre pleinement en compte le sens des mots dans un contexte particulier donné par l’auteur, et donc d’appliquer les règles en conséquence.

  • Ne vous laissez pas trop influencer par le ton docte et catégorique de ChatGPT lorsqu’il commente une règle de grammaire. Il lui arrive de se tromper, ou de donner la bonne règle, mais de mal l’appliquer.

  • En ce qui concerne l’orthographe, l’IA n’est pas encore à même de concurrencer l’intelligence humaine… L’aide qu’elle est en mesure d’apporter dans ce domaine ne peut dispenser collégiens, étudiants et professionnels d’un apprentissage sérieux et régulier des règles grammaticales qui régissent notre langue… et donc leurs écrits.

Allez ! Un dernier exemple de fautes commises par GPT-4, avec cet extrait du test 2 sur les participes passés.
Capture d’écran montrant les grosses difficultés que rencontre ChatGPT pour accorder les participes passés.

Les propositions de GPT-4 pour les phrases 18 et 19 sont bonnes. Les participes passés des quatre autres phrases sont en revanche très mal accordés !


LanguageTool et Scribbr : deux autres IA testées en orthographe !

Nous avons également fait passer les tests sur les participes passés à deux autres IA « spécialisées » en orthographe : LanguageTool et Scribbr.

LanguageTool : 15/20 (test 1), 14/20 (test 2), 11/20 (test 3).

Scribbr : 19/20 (test 1), 15/20 (test 2), 8/20 (test 3).


















Et vous ? Serez-vous meilleur que l’IA ? Test 1 sur les participes passés.