vendredi 24 avril 2026

Cartes de visite : 6 fautes typographiques à bannir

 « Faire une faute sur une simple petite carte de visite ! Non mais vraiment, il faudrait être idi… » Stooop ! Ne dites rien que vous pourriez regretter. De telles fautes existent en nombre. Il est même probable que vous en commettiez aussi. Vérifiez par vous-même, vous risquez d’être surpris.

Un monsieur en costume est assis à son bureau. Il se gratte le menton et semble plus que perplexe à la lecture d’une carte de visite qu’il tient dans sa main.
Oh ! Oh ! Quelque chose ne doit pas aller sur cette carte de visite !


Regardez plutôt ces trois illustrations ! Oui, le premier exemple de carte donné est volontairement exagéré.
Exemple de carte de visite sur laquelle règne une joyeuse cacophonie.
Mais quelle cacophonie !
Il  règne ici une cacophonie totale. Cet exemple est cependant très instructif, car il nous permet de bien saisir – aussi clairement qu’une petite pomme a permis à Newton de comprendre l’attraction terrestre – qu’aucun employeur, aucun client n’accordera sa confiance au concepteur d’un tel document.

La deuxième carte présentée est moins grossière.

Carte de visite avec quelques fautes de typographie et d’orthotypographie : numéro de rue non suivi d’une virgule, une espace de trop entre les chiffres du code postal de la ville, etc.
Pas top ! Peut mieux faire !

Elle contient pourtant plusieurs erreurs. Il est peut-être difficile de repérer précisément chacune d’elles, mais elles sont là et vous le sentez confusément. Leur cumul peut provoquer un léger malaise chez le lecteur.

La troisième carte, en revanche, ne contient plus de fautes. 

Exemple de carte de visite très bien rédigée
Ah ! Là, c’est bien !
Elle est la seule en mesure d’inspirer la confiance que l’on souhaite susciter en remettant ce genre de petit carton si pratique.


Ce que vous avez toujours vu (sans toujours savoir l’appliquer)

Juste avant de vous donner une liste de ces fautes les plus fréquentes, il nous faut encore préciser ceci : il existe des conventions d’écriture, notamment des règles de typographie et d’orthotypographie précises, que l’on peut par exemple retrouver dans le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale

Ces règles sont appliquées par les éditeurs et par la presse que vous lisez régulièrement. Vous ne les connaissez pas forcément, et pourtant vous y êtes habitué depuis votre enfance ; elles sont ancrées en vous, même si vous n’avez jamais appris à les reproduire fidèlement à l’école… et la plupart des Français sont dans votre cas.

Pourtant – et c’est ce que j’explique tout le temps aux étudiants ou aux adultes que j’accompagne –, plus vos écrits respectent ces conventions, plus vous transmettez une image professionnelle fiable.

Le même monsieur que sur la première photo. Dans sa main, il tient toujours la carte de visite, mais le côté texte face à l’écran. Cette carte est la plus fautive des trois  présentées en début d’article.
Ah ! Voilà ! C’était le premier exemple qu’il lisait au départ !
On comprend mieux la tête qu’il faisait.

De M. à Cedex, en passant par un bien curieux trait d’union

Alors voici à présent les six erreurs les plus fréquentes qui peuvent être commises sur ces fameuses cartes de visite.

1. Le titre de civilité

Il convient d’écrire M. pour abréger monsieur, et non Mr. C’est une des fautes les plus fréquentes aujourd’hui. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les boîtes aux lettres de notre rue pour nous en convaincre. La seule abréviation reconnue et applicable est bien M.

2. La virgule après le nom de rue

Le numéro d’une rue, d’une avenue, d’une impasse, etc., doit être suivi d’une virgule. On habite 3, rue Napoléon (au numéro 3 de la rue Napoléon), et non 3 rue Napoléon.

Il en est de même en présence d’un bis : 3 bis, rue Napoléon.


3. Pas de majuscule au type de voie

Rue, avenue, impasse, boulevard (abréviation bd, sans point final ni majuscule au b)… sont des noms communs et ne prennent donc pas de majuscule : 18, boulevard Magenta ; 15, rue Solférino.

4. Le nom de votre voie

Voici peut-être le point qui vous étonnera le plus, et sur lequel il est pourtant commis le plus de fautes : lorsqu’un nom de rue comporte plus de deux éléments, un trait d’union doit apparaître entre chacun d’eux, y compris lorsque ce nom est un nom propre. On habite au 6, rue du Gué-Fleuri ; 15, rue Charles-de-Gaulle ; 12, boulevard Louis-Pasteur ; 3, impasse des Trois-Martyrs-de-Juillet ; rue Saint-Dominique

Je sais, ces tirets en étonneront plus d’un. Ils ne sont pourtant pas optionnels. Leur raison d’être est expliquée dans un autre article de ce blog : Un monde sans fautes : Rue du Trait-d’Union-qui-Rit (le trait d’union dans les noms de rue)

Tout vous sera expliqué dans les détails.


5. Le nom de votre voie (bis)

Vous l’aurez peut-être noté dans les exemples donnés juste auparavant : les éléments composant le nom d’une voie sont systématiquement écrits avec des majuscules… Ce nom est un nom propre.

On n’habite pas dans la rue de la gare, une rue située à proximité d’une gare, mais bien rue de la Gare, une rue qui porte ce nom. Et je prends cet exemple d’autant plus volontiers que je demeure dans une commune où ne passe jamais aucun train et qui possède une rue de la Gare (une gare qui a existé autrefois).

On écrira donc avenue des Trois-Lys, rue des Francs-Bourgeois ou rue du Bois-Joli, en prenant soin de mettre des majuscules aux noms communs et aux adjectifs qui composent ce nom propre.


6. À propos du code postal et du fameux cedex

Oui, n’oublions pas ce détail qui n’en est finalement pas un au vu de la brièveté du texte d’une carte où chaque élément compte : il convient de ne pas laisser d’espace entre les chiffres du code postal. On écrira 29200 Brest, et non 29 200 Brest.

Quant à cedex, ne l’oubliez pas : ce sigle signifie courrier d’entreprise à distribution exceptionnelle. Il n’y a pas d’accent sur le premier e de entreprise ; il convient donc de ne pas en mettre non plus sur cedex.

Voilà donc l’essentiel des erreurs que l’on retrouve fréquemment sur les cartes de visite. Ah ! Encore quelques précisions…


Et une petite précision destinée aux incrédules Une !

J’ai hésité à ajouter ce paragraphe, mais je le fais quand même, pour m’épargner ce genre de commentaires : « C’est n’importe quoi cet article ! Des traits d’union dans les noms de rue ! Des virgules après les numéros de rue… Et puis quoi encore ? On n’en voit jamais sur les enveloppes ! »

Oui, la Poste, pour faciliter son tri, demande de ne pas mettre de traits d’union aux adresses écrites sur les enveloppes. Elle demande aussi de ne pas mettre de virgule après le numéro de rue, de tout écrire en majuscules et de ne pas utiliser d’accent…

Mais le code de la Poste n’est pas celui de l’Imprimerie nationale, encore moins celui de l’Académie française ! Et le code utilisé pour les enveloppes postales n’est pas celui que vous devez utiliser pour vos CV, vos lettres de motivation ou vos cartes de visite.

Cinq derniers conseils pour parfaire vos cartes de visite ? On y va…


Cinq conseils généraux pour finir

Une carte de visite peut aussi contenir une brève description d’activité. Dans tous les cas, voici cinq réflexes à adopter.

Vérifiez toujours l’orthographe des mots

Comme pour tout écrit professionnel, vérifiez plutôt deux fois qu’une l’orthographe des mots que vous utilisez. En bref, relisez-vous bien et ne laissez passer aucune faute.

Majuscules : évitez l’overdose

Évitez au maximum la multiplication des majuscules afin de ne pas trop charger votre texte. Donc, partez à la chasse aux majuscules inutiles.


Oui, les accents sur les majuscules, c’est bien

Utilisez les accents sur les majuscules. Ces accents sont très fortement conseillés aujourd’hui et ont toute leur raison d’être (lire à ce propos Un monde sans fautes : Quand il devient capital d’accentuer ses capitales (les accents sur les majuscules).

Et ces accents seront encore plus nécessaires si vous écrivez votre nom de famille en majuscules et que vous souhaitez éviter à votre interlocuteur de mal le prononcer : convenez que Michel FRÉDÉRIC sera bien moins ambigu que Michel FREDERIC.


Soignez vos espaces et votre ponctuation

Soignez vos espaces avant et après les signes de ponctuation, les parenthèses, etc. Une mauvaise gestion de ces espaces donne très vite à vos écrits un caractère anarchique du plus mauvais effet. Si vous avez des doutes sur l’emplacement de ces espaces, l’article suivant vous remettra sur les bons rails : Un monde sans fautes : La conquête des espaces (espaces et signes de ponctuation)


Vos coordonnées téléphoniques et électroniques ?

Pour les premières, difficile de trouver des avis totalement convergents. Le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale rappelle que les numéros de téléphone se composent de cinq groupes de chiffres séparés par un blanc, sans point ni tiret. Exemple : 06 00 00 00 00.

La rédaction du journal Le Monde, entre autres, déroge à cette règle et ajoute des tirets entre chaque paire de chiffres, estimant qu’ainsi, il est plus facile à ses correspondants de composer le numéro sans se tromper.

Normalement, nous devrions aussi retrouver devant ces chiffres un « Tél. : ».

Mais sur une petite carte de visite, avouez qu’un Tél. : 06-00-00-00-00 ferait un peu lourd. Pour alléger un peu vos cartes, je conseille donc en la matière un très simple et très sobre Tél. 06 00 00 00 00.

La simple mention d’une adresse électronique, sans Mél. ou e-mail placé devant, peut suffire. En revanche, si l’on décide de préciser Mél., courriel, e-mail, il faut à tout prix proscrire Mel, Mail, ou autre email, qui sont fautifs. La bonne écriture, qu’on se le dise, est donc Mél. ou e-mail.

On retiendra encore que BP doit bien s’écrire ainsi, sans point derrière chaque lettre.


Une carte de visite tient sur quelques lignes seulement.
C’est précisément pour cette raison que la moindre faute y devient immédiatement visible.

Soigner ces détails typographiques n’est pas une manie d’éditeur : c’est une manière simple de montrer votre sérieux et votre professionnalisme.

lundi 19 mai 2025

C’est ou s’est ? C’est facile !

C’est une réelle difficulté pour beaucoup : C’est ou S’est, CE sont ou SE sont, C’était ou S’était, etc. Alors voici une astuce et quelques explications… Et à la fin de ce petit article, vous ne devriez plus jamais vous tromper.

Petit encadré où l’on retrouve en style manuscrit : « C’est ou s’est ? »


Dessin réaliste d’un jeune homme qui trébuche contre un trottoir et se rattrape au bras d’une jolie jeune fille.
Un petit rappel pour commencer ?

  • Presque toujours, vous trouverez CE devant un nom.

    Ce matin, Jean n’a pas vu ce trottoir

  • SE, en revanche, prendra toujours place devant un verbe.

    Jean se croyait plus adroit.

    Il se rattrape à temps au bras d’une jeune femme qui se prénomme Jeanne.

  • Il n’y a que devant le verbe être qu’il est à la fois possible de trouver ce ou se (ou leur contraction c’ et s’:

    C’est malin, ce n’est pas malin.

    Il s’est légèrement tordu la cheville.

    Jeanne et Jean se sont rencontrés comme cela.

    Ce sont là les faits.

Encadré où figure ce rappel : « Ce + nom ; se + verbe ; ce/se ou c’/s’ + être. »

Mais alors, c’est c’est ou s’est ? Voici l’astuce

Allez, nous allons directement vous donner l’astuce à retenir !

  • S’est est toujours précédé de il, elle, on… ou d’un sujet à la 3e personne du singulier. 

    Ampoule jaune lumineuse avec des yeux et un grand sourire, style « Tilt ! »

    Il S’est fait mal.

    Elle S’est inquiétée.

    On S’est tout de même fait peur.

    Jeanne (elle) S’est intéressée à ce garçon maladroit.

  • S’il n’y a pas devant il, elle, on ou un sujet à la 3e personne du singulier, on écrit c’est (cela est).

    C’est tout de même leur jour de chance !

    Ce n’est pas tous les jours que de telles choses arrivent.

Et cela fonctionne exactement pareil pour : s’était et c’était ; se sera, ce sera ; se serait et ce serait

Demain, ce sera un plus beau jour.

En d’autres circonstances, il se serait étonné de tomber aussi vite amoureux.


Astuce clé : s’est avec il, elle, on devant ; sinon, c’est c’est !


Et pour ce sont et se sont, on fait comment ?

Eh bien on fait pareil ! Avec la même astuce, à peu de chose près, puisque nous ne retiendrons pas ici le on qui est seulement suivi du singulier.

  • Se sont sera toujours précédé de ils, elles… ou d’un sujet à la 3e pers. du pluriel.
  • Ils SE sont rencontrés ainsi.

    Elles SE sont dit qu’ils avaient de la chance.

    Jean et Jeanne SE sont rapidement donné rendez-vous.

  • Dans les autres cas, on écrit ce sont.

    Ce sont des gens heureux !

Astuce clé : se sont avec ils, elles devant ; sinon, c’est ce sont !


S’est ou c’est… Pour aller plus loin !

Allons à présent un tout petit peu au-delà de l’astuce que nous vous avons donnée. Une astuce, en grammaire, doit toujours pouvoir s’expliquer.

Pourquoi trouve-t-on toujours s’est après il, elle, on ou un sujet à la 3e personne du singulier… et se sont après ils, elles ou un sujet à la 3e personne du pluriel ? Tout simplement parce que nous sommes ici en présence de verbes pronominaux (ex. s’envoler, se parler, s’entendre), conjugués avec l’auxiliaire être à un temps composé. 

Même ampoule jaune lumineuse que l’image précédente, mais un peu de travers.

Exemples : il s’est envolé, ils se sont entendus (passé composé des verbes s’envoler et s’entendre).

  • Donc lorsque vous avez un se devant un verbe, c’est parce qu’il s’agit d’un verbe pronominal…

  • Et lorsque vous avez se ou s’ devant l’auxiliaire être, c’est parce que ce verbe pronominal est conjugué à un temps composé.

  • Plus encore ! Mais encore faut-il le dire : en français, vous ne trouverez jamais un se ou un s’ ailleurs que devant un verbe pronominal.

Et cela vaudra aussi pour tous les autres temps composés !

Plus-que-parfait : Jean s’était cassé la figure, leurs chemins s’étaient croisés.

Futur antérieur : on se le sera rappelé, les tourtereaux se seront envolés.

Passé antérieur : elle se fut émue, ils se furent aimés.

Subjonctif passé : qu’elle se soit posé des questions, qu’ils se soient dit oui.

Conditionnel passé : il se serait rattrapé à un monsieur, ils ne se seraient pas mariés.

Etc.

C’était assez clair ?