L’un
de mes beaux-frères travaille à l’ONF (Office national des forêts)…
« On est content pour vous, me direz-vous peut-être,
mais quel rapport avec unmondesansfautes ? » Je vous
répondrai que pour notre sujet du jour (l’emploi
abusif des expressions « coupe sombre » et « coupe
claire »), c’est important, car tout vient de la forêt…
« Brrr ! Cela ferait presque peur toutes ces histoires de forêts et de coupes sombres. » |
Et
un petit frisson a parcouru alors votre échine. Parce que l’association
du mot « coupe » à l’adjectif « sombre » a
presque le même effet sur vous que l’évocation d’une guillotine
sous un ciel plombé des monts d’Arrée.
Coupe sombre, coupe claire… C’est pourtant clair !
Avouez
que si l’on remplaçait « sombre » par « clair »,
tout cela vous semblerait moins sinistre ! Eh bien montrez-vous satisfaits : pour évoquer une
suppression en grand nombre… c’est de coupe claire que l’on devrait
parler !
« Coupe
sombre », « coupe claire », sont deux expressions
qui nous viennent directement de la sylviculture.
« Alors j’dois faire quoi, moi ? Une coupe sombre ou une coupe claire ? » |
La première (mon beau-frère vous l’expliquerait mieux que moi) consiste à ne couper que quelques arbres. Elle est « sombre » parce qu’elle est insuffisante pour que la lumière entre franchement dans le sous-bois.
La seconde est beaucoup plus sévère. Grâce à elle, les arbustes bénéficieront de l’ensoleillement nécessaire à leur développement.
La
coupe sombre, au sens propre, n’est donc pas très importante, en
tout cas moins que la coupe claire.
Au sens figuré, son emploi s’est rapidement répandu en se coupant (c’est le moins que l’on puisse dire) de son sens originel. La cause d'un tel détournement ? Sûrement l’aspect trompeur d’un adjectif : le côté « sombre » de la force obscure.
Mon autre beau-frère
Et
les lexicographes dans tout cela ? Qu’en disent-ils ?
Certains ont plus ou moins fait le choix d'entériner un détournement de signification généralisé (les auteurs du Petit Robert, par exemple). D’autres mentionnent sobrement, à la rubrique « coupe sombre » : « aujourd’hui mal compris » (Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française), ou « emploi abusif » (A. V. Thomas).
Thomas, toujours dans son Dictionnaire des difficultés de la langue française, accepte toutefois l’utilisation figurée de « coupe sombre » dans le sens de coupe mesurée mais radicale, donnant cet exemple : « "Épuration du personnel d’une administration ou d’une usine par l’élimination des membres les plus compromis ou des meneurs après un mouvement concerté" : Voici l’affaire terminée, c’est l’heure des coupes sombres. » (On insiste davantage sur la radicalité de la mesure que sur le nombre, restreint, de personnes qu’elle concerne.)
Beaucoup
de professionnels, de leur côté, confrontés au choix cornélien
d’employer une « coupe claire » qui risque de ne pas être
comprise, et une « coupe sombre » quelque peu viciée, ont tout simplement renoncé à utiliser ces deux expressions dans leurs écrits.
Voilà
pour « coupe sombre »… Mais à propos, vous ai-je dit
que j’ai un autre beau-frère, un excellent relieur, qui tient la
Maison Vitoz près de Rennes ? Non ? Parce que…
Vous avez aimé ? Lisez aussi cet article consacré au mauvais usage de l’expression sabrer le champagne !
Ou si vous préférez, voici un autre article concernant les accents sur les majuscules : Pourquoi faut-il mettre des accents sur les majuscules ?
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