Voici un petit casse-tête :
quand saint
doit-il s’écrire avec un s
minuscule ou un S
majuscule ? Quatre points pour tout comprendre !
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Ah ! Venise. Placée sous le haut patronage de l’évangéliste saint Marc (avec un petit s) et connue, entre autres, pour sa place Saint-Marc (avec un grand S). |
Allez savoir pourquoi, lorsque
j’écris Saint Louis, cela me fait toujours penser à cette
phrase qu’André Santini (député et ancien ministre) prononça en
1989 à propos du garde des Sceaux d’alors : « Saint
Louis rendait la justice sous un chêne, Pierre Arpaillange la rend
comme un gland. » Santini reçut pour cela le prix de l’humour
politique.
Un an plus tard, ce fut d’ailleurs
au tour d’Arpaillange d’obtenir ce prix (3e ex aequo),
mais pour une autre perle, cette fois involontaire : « En
1989, sur cinquante-deux évadés, on en a repris cinquante-trois. »
Ça y est ! Je m’éloigne
déjà du sujet. Alors, Saint ou saint ? Vous
allez voir, ce n’est pas très compliqué.
1. Le bon saint Éloi lui dit
(saint, et tout le monde est d’accord)
Un s minuscule est de
rigueur lorsque le mot saint se place devant le nom du
personnage qu’il qualifie, que ce dernier ait été dûment
canonisé (reconnu saint par l’Église) ou non. On parlera d’un
saint homme, de saint François d’Assise, de sainte Pétronille ou
de saint Joseph.
Une sainte nitouche (un ou une
hypocrite), nom commun, s’accordera au pluriel (des saintes
nitouches) et prendra bien entendu deux minuscules.
Attention ! Ne me faites tout
de même pas dire ce que je n’ai pas dit ! Bien évidemment,
si l’adjectif saint est placé en début de phrase, il
s’écrira avec une capitale : « Saint Vincent de Paul,
apôtre de la charité, naquit en 1581. » (Une phrase commence
par une majuscule et se termine par un point… On commence à
connaître la chanson.)
Et Saint Louis, alors ?
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Parmi les saints, il fait figure d’exception,
puisque l'on écrit généralement Saint Louis. |
Nombre de spécialistes, notamment
Thomas et mes vénérés maîtres du CEC de Paris (Jean-Pierre
Colignon et Jacques Décourt), font cependant une exception à cette
règle : Saint Louis. Dans ce cas très précis, saint
est quasiment assimilé à la dénomination de ce roi de France, comme l’adjectif chauve est lié à Charles II (Charles le
Chauve), ou bel à Philippe IV (Philippe le Bel).
On retiendra donc qu’à
l’exception de Saint Louis (mais ce n’est pas non plus une
faute que d’écrire saint Louis), on écrira saint Antoine,
saint Hervé, sainte Thérèse, etc. Cela nous permettra, simplement
par la manière d’écrire cet adjectif, de bien distinguer ces
personnages des noms de lieux portant leur nom, ce qui est
précisément l’objet de notre deuxième point.
2. Puisque la baronne vous le
dit ! (Saint, et tout le monde est toujours d’accord)
La chapelle Sainte-Pétronille, la
cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, le boulevard Saint-Michel…
Lorsque l’on parle d’un édifice, d’un établissement, d’une
rue portant le nom de l’une de ces belles âmes, le S
majuscule devient de rigueur. L’évangéliste saint Marc est mort à
Alexandrie ; Saint-Marc (la place) est à Venise.
Et pour être sûr que notre œil
pourra tout de suite savoir s’il lit le nom d’une personne ou
celui d’un lieu (notamment lorsque saint est en début de phrase et
qu’il prend de toute manière une majuscule), on a ajouté un trait
d’union.
Petit exemple parlant. Madame la baronne de Grosballons
écrit à son amie la comtesse de Perçoreilles :
« Sainte-Radegonde est merveilleuse. C’est un amour de
basilique ! » [On parle d’un lieu, donc trait d’union.]
Très différent de :
« Sainte Radegonde est merveilleuse. Je l’invoque tous les
jours. »
Saint-Pétersbourg, Saint-Denis…
et retour à la saint-glinglin
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« Saint par-ci, saint
par-là… Vous n’auriez pas un sujet
plus drôle ? »
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Continuons en ajoutant que les
noms de ville composés avec le mot saint prendront également
majuscules et traits d’union (trait d’union à partir du moment
où ils sont en France ou qu’ils ont été francisés) :
Saint-Nicolas-du-Pélem (Côtes-d’Armor), Saint-Étienne,
Saint-Denis, Saint-Pétersbourg (bonjour à mes amis russes !)…
Le nom des villes corses
n’échappe pas à cette règle (comme Santa-Maria-Siché),
contrairement aux noms (non francisés) des villes de pays
étrangers (San Francisco, Santa Monica, São
Paulo… sans trait d’union) et aux noms de villes anglo-saxonnes
telles que Saint Paul en Angleterre ou Saint Louis dans le Missouri !
Majuscules et traits d’union,
encore, pour les noms d’association (société
Saint-Vincent-de-Paul), d’ordre de chevalerie (ordre de
Saint-Michel) et les noms de fête : « Ils se sont
rencontrés le jour de la Saint-Valentin. » Mais : « Ils
se marieront à la saint-glinglin. » [Nom commun, puisque aucun
saint, pas plus que de fête, ne porte réellement ce nom.]
Toujours là ? Alors
continuons avec quelques autres certitudes.
3. Tous les Saint-Cyriens et
toutes les saint-cyriennes (quelle belle unanimité !)
Est-il vraiment besoin de préciser
que les patronymes comprenant le mot saint s’écrivent aussi
avec des majuscules ? Antoine de Saint-Exupéry, le duc de
Saint-Simon, Saint-John Perse… ?
Voici quelques années, j’avais
un collègue journaliste qui écrivit un jour « saint
Pol-Roux » – au
lieu de Saint-Pol Roux –
(1861-1940), le nom du poète symboliste disciple de Mallarmé. Venant d’arriver en Finistère,
et marqué par la présence historique en ces lieux du fameux saint
Pol (évêque du VIe siècle qui a donné son nom à la
ville de Saint-Pol-de-Léon), il s’était persuadé (tout seul
comme un grand) qu’il existait un Pol-Roux canonisé par l’Église !
Et le nom des habitants des villes
commençant par Saint ? Une majuscule, bien entendu,
comme tous les gentilés : les Saint-Gaudinois de Saint-Gaudens,
les Saint-Lois de Saint-Lô, etc. On remarquera simplement que Saint
ne prend pas ici de s au pluriel et que le gentilé perd sa
capitale lorsqu’il est employé comme adjectif : un
Saint-Lois, les quartiers saint-lois.
Les Saint-Cyriens sont les
habitants de Saint-Cyr-l’École ; les saint-cyriens (ici nom
commun et sans capitales) les élèves de l’école militaire située
non loin de la forêt de Brocéliande (Bretagne).
Quelques noms propres, liés à
l’histoire en même temps qu’à la géographie, prendront
également une majuscule : la Sainte-Alliance, le Saint-Empire
germanique…
Et pour terminer ce troisième
point, je vous propose un retour aux minuscules avec… cela :
Mon saint-bernard aime le
saint-nectaire
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« Le saint-nectaire ?
Et puis quoi encore !
Le saint-émilion, j’dis pas. »
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Rien que du bon sens dans ce qui
va suivre ! Ces noms d’animaux, de vins, de fromages, de
gâteaux, composés avec le mot saint, sont des noms communs
et fonctionnent comme tels, sans majuscules : un saint-bernard,
un saint-pierre (poisson), un saint-honoré (hummm, un
saint-honoré !), un saint-nectaire, un saint-émilion…
Enfin ! Si le nom du produit
est précédé de son générique (vin de, fromage de…), saint retrouve alors sa capitale :
un vin de Saint-Émilion (de la région de Saint-Émilion, nom
propre). On dira de même : un chien du mont Saint-Bernard, et
on écrira toujours une coquille Saint-Jacques (personne ne
s’aventurera d’ailleurs à parler d’une saint-jacques tout
court).
Les experts sont en revanche un
peu divisés quant au pluriel de ces noms. Une nette tendance se
dégage tout de même pour l’invariabilité : un
saint-bernard, des saint-bernard.
Allez ! Dernière ligne
droite !
4. Saint ou saint ? Et là, je tire ma révérence
(quelques points de discordance)
S majuscule ou minuscule !
L’orthographe se mêle parfois aux convictions religieuses et aux
traditions.
Dans la logique de notre langue,
il est tout à fait normal qu’un adjectif accompagnant un nom
commun ou un nom propre s’écrive sans majuscule (bien qu’il
existe quelques règles spécifiques liées aux noms de lieux et
aux titres d’œuvres). Nul ne pourra donc taxer de mécréante
l’Académie française lorsqu’elle mentionne dans son
dictionnaire : la sainte messe, la sainte ampoule, le saint
ciboire, la sainte table, le saint chrême, la sainte Bible, la
sainte eucharistie, les saintes espèces, la Terre sainte, le
Vendredi saint, la Semaine sainte ou encore l’Écriture sainte.
Le Larousse et le Robert,
l’Imprimerie nationale aussi, la suivent totalement sur ce terrain.
Comme ils la suivent pour écrire Sainte Vierge (avec un S ;
par révérence ou tradition, ou parce qu’assimilé à un « surnom »
(sic) pour l’Imprimerie nationale). Littré, lui, écrit sainte
Vierge. Mais il est pratiquement le seul.
Un « Esprit Saint »
qui fâche !
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« Que c’est beau les histoires de saints ! » |
Quasi unanimité encore pour la
Sainte-Trinité, le Saint-Esprit et le Saint-Père (mais : notre
saint-père le pape).
En revanche, l’Académie écrit
la sainte Famille ; le Robert, la Sainte Famille. Et là où les
divergences sont les plus nombreuses, c’est à propos de l’Esprit
Saint.
Pour Saint-Esprit, tout le monde est d’accord, mais
lorsqu’il s’agit d’inverser les deux termes, l’Académie
propose Esprit-Saint ; le Robert, Esprit saint ; le Larousse du XXe
siècle, Esprit Saint.
Ceci étant, il convient de noter
que des auteurs catholiques comme Claudel ou Mauriac n’hésitaient
pas à enfreindre toutes ces conventions pour écrire le Saint
Sacrifice, la Sainte Table… par révérence. Et s’il
convient de ne pas jamais trop abuser des majuscules, nul ne pensera
sérieusement à le leur reprocher.
Vous me faites un petit résumé
pour la semaine prochaine ?
Vous avez un CV et une lettre de motivation à envoyer ? Je vous conseillerais volontiers de lire ceci : Ci-joint ou ci-joints.
Rennes, formation, orthographe... Trois noms qui vont si bien ensemble !