mardi 9 avril 2019

Les gentilés : habiter sous un coin de ciel bleu de France

Villes et villages de France ! Parfois nichés au creux d'une vallée, au cœur d'une forêt, au bord d’un fleuve… Et le nom savoureux de leurs habitants !
habitants de Lisieux Lexoviens, gentilés
Contrairement à d’autres, le nom des habitants de Lampaul-Guimiliau (Finistère) est assez sage : les Lampaulais.

Deux passionnés ont créé voici onze ans un joli petit site, habitants.fr, entièrement consacré aux gentilés des quelque 36 000 communes de l’Hexagone. Ah ! que ces noms d’habitants sont intéressants ! Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’ils contribuent à la richesse de notre langue. Imaginez ! Trente-six mille noms propres (donc dotés de majuscules) pouvant être  aussi utilisés comme adjectifs (un Parisien, un musée parisien ; un Lexovien – habitant de Lisieux –, la basilique lexovienne).

Jetez à présent un coup d’œil sur vos dictionnaires (noms propres et noms communs) ! Combien de mots référencent-ils ? Vous croyez que vous y trouverez les 36 000 gentilés que nous venons d’évoquer ! Que nenni ! Et voilà une autre raison de s’intéresser à ces mots singuliers : ils sont peu référencés.

Notons enfin que les ouvrages consacrés aux difficultés de la langue française ont longtemps accordé une place privilégiée à ces vocables à la construction parfois délicate. J’ai sous les yeux un livre édité à la fin des années soixante-dix, Parlons (correctement) français, concocté par le regretté Jacques Capelovici (agrégé de l’Université et alors animateur des « Jeux de 20 heures »). Aux côtés de règles d’accords particuliers, de noms communs au genre incertain, Maître Capelo célébrait les Bajocasses de Bayeux (département du Calvados), les Clodoaldiens de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), les Mussipontains de Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle)…

Toutouvillais et Bragards : vous connaissez ?

Oui, ces gentilés fleurent bon le terroir, le cassoulet fait maison, l’humus d’un sous-bois par un beau matin de printemps, la galette bien beurrée que l’on déguste à la terrasse d’une crêperie armoricaine ! Ils font partie de notre patrimoine !

Dans nos villages, il n’est d’ailleurs pas rare que l’on y soit aussi attaché qu’au monument érigé, tout près de l’église, à la mémoire des Poilus. Tiens ! les poilus ! Cela me fait penser aux Pictiens, les habitants de Poil, commune du département de la Nièvre, un nom à rapprocher de celui des Ardennais de Poilcourt-Sydney : les Poilcourtois. Et il en est d’autres (gentilés), à être assez cocasses !

Savez-vous, par exemple, que les habitants de Villechien, département de la Manche, s’appellent les Toutouvillais ? Qu’à Longcochon, commune du Jura, on se souvient encore qu’une coquille administrative est à l’origine de la transformation de Longcoucher en Longcochon, et qu’en conséquence on y revendique toujours le nom de Couchetards ? Les Aiglons de L’Aigle (département de l’Orne) portent aussi un nom original, de même que les Fourchus de Fourches (Calvados), les Castois** de Cast (Finistère), les Croquants de Crocq (Creuse), les Druydes de Druy-Parigny (Nièvre), les Grâcieux de Grâces (Côtes-d’Armor), les Joyeux** de Joué-l’Abbé (Sarthe), les Théméraires** de La Chapelle-Thémer (Vendée), les Moucherons de La Mouche (Manche), les Lutins de Luc-sur-Mer (Calvados), les Plaisantins de Plaisance (Gers), les Beauvoisins* de Beauvoir (Manche), les Croûtons* des Croûtes (Aube)… Et que penser des Marsiens** de Saint-Mars-du-Désert, en Loire-Atlantique ?

Tout aussi originaux sont les Chats-Gris et les Chats borgnes, habitants de deux communes voisines du Doubs : Métabief et Saint-Antoine (on raconte que des querelles de clochers sont à l’origine de ces sobriquets).

Les Bragards, ou Bragars, eux, sont inclassables. François Ier serait à l’origine de leur surnom. En 1544, il se serait exclamé : « Ah, les braves gars ! », après avoir appris leur résistance héroïque face aux troupes de l’empereur Charles Quint. La ville des Bragards ? Saint-Dizier !

Atrebates et Carolomacériens

Bon ! Il faut reconnaître que nombre de gentilés sont plus banals : Rennais, Parisiens, Toulonnais, Strasbourgeois… Mais même en se limitant aux seules préfectures, on en trouve de plus inattendus : Bressans ou Burgiens (Bourg-en-Bresse), Carolomacériens (Charleville-Mézières), Fuxéens (Foix), Ruthénois (Rodez), Berruyers (Bourges), Briochins (Saint-Brieuc), Pétrocoriens (Périgueux), Bisontins (Besançon), Valentinois (Valence), Ébroïciens (Évreux), Auscitains (Auch), Castelroussins (Châteauroux), Lédoniens (Lons-de-Saulnier), Ponots ou Podots (Le Puy), Cadurciens (Cahors), Saint-Lois (Saint-Lô), Arrageois ou Atrebates (Arras), Palois (Pau), Vésuliens (Vesoul), Manceaux et Mancelles (Le Mans), Montalbanais (Montauban), Spinaliens (Épinal), Balbyniens (Bobigny) ou encore Cristoliens (Créteil).

Et bien entendu, j’ai gardé mes préférés pour la fin : les Réginaburgiens de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), les Épiscopaliens de Bourg-l’Évêque (Maine-et-Loire), les Castel-Papaux et Castel-Papales de Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse), les Sparnaciens d’Épernay (Marne), les Gynépolitains de La Ville-aux-Dames (Indre-et-Loire), les Dionysiens de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), les Pontellois-Combalusiens* de Pontault-Combault (Seine-et-Marne), les Dagovéraniens* de Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine) et les Villacalvitiens* de Villechauve (Loir-et-Cher).
Elle n’est pas belle, la France ?

* Les gentilés suivis de ce signe nous ont été signalés par des membres du Bon usage de la langue française, sur LinkedIn : Gilles Barnet, Anne Berneur, Claude Derhan, Xavier Desvaux, Bruno Durteste. Qu’ils en soient vivement remerciés !

** Et ceux-ci ont été mentionnés dans un article écrit par Françoise Nore Un article que vous pouvez retrouver ICI.


Vous connaissez le nom des habitants des capitales d’Amérique du Sud ? Non ? Suivez-moi : Pampa, maracas… et habitants des capitales sud-américaines.

Orthographe, grammaire, typographie, expression écrite... Un monde sans fautes !

mardi 14 août 2018

Ne jetez plus d'« e » aux lions ! (Les participes passés suivis d'un infinitif)

Un « e » peut changer le cours d'une existence. La preuve !

« Hélène M., grande exploratrice, était ce jour-là au pays des lions, dans la savane. J'étais présent et je m'en souviendrai toute ma vie. Je l'ai vu(e) manger »
La suite de cette histoire, vous l'avez compris, est intimement liée à la présence ou non de ce « e » à « vu ». Elle est surtout liée à la règle de l'accord du participe passé suivi d'un infinitif.
Pour bien comprendre, examinons ces deux exemples, repris par la majorité de nos bonnes vieilles grammaires :
- « La diva était présente, je l'ai entendue chanter hier. »
- « La sonate était magnifique, je l'ai entendu jouer hier. »
« Entendue » et « entendu » ! Pourquoi diable cela ? Pour simplifier, retenons simplement ceci : si le COD placé avant l'auxiliaire « avoir » fait l'action du verbe à l'infinitif, le participe passé s'accorde avec ce COD ; dans le cas contraire, non.


participes passés suivis d'un infinitif
« Une exploratrice ! Où ça ? »
Dans le premier exemple :
j'ai entendu qui ? La diva, repris par le « l' » (COD placé avant l'auxiliaire). Cette diva fait bien l'action du verbe à l'infinitif ; c'est elle qui chante. Donc on accorde.
En revanche, ce n'est pas la sonate qui joue (donc pas d'accord). D'accord ? Allez ! Relisez une fois s'il le faut, vous allez finir par comprendre.
Et notre petite histoire ? Avec un « e » à « vue », c'est « l'happy end » :
« Je l'ai vue manger une pomme au milieu des fauves. » (C'est bien l'exploratrice qui mange.)
Si le « e » est absent, désolé, cela devient plus tragique :
« Je l'ai vu mangerpar des lions. »

Vous avez tout compris ! Alors vous êtes presque prêt pour le test n° 2 sur les participes passés.

Toutes les règles des participes passés : la formation qu'il vous faut est ici !

jeudi 12 avril 2018

Le « et » et la virgule : « Je t’aime, moi non plus »

peut-on mettre une virgule devant un et, virgule et et
« T'as vu, je te l'avais dit : tout est désormais possible entre nous ! » (Illustration : Mario Senatore)

Ils nous l’ont tellement répété lorsque nous étions petits : « Il ne faut pas mettre de virgule devant un et » ! Nos maîtres d’école avaient certainement raison de nous dire cela, tant les phrases des enfants restent simples et ne nécessitent pas de s’encombrer de subtilités réservées aux plus grands.
Il reste en revanche un peu moins normal que cette idée, un tantinet trop assénée, élevée parfois au rang de énième commandement, demeure encore en l'état une fois adulte. À tel point que certains refusent systématiquement de faire précéder un et d’une virgule, au risque… de commettre une faute. « T’as jamais appris ça à l’école : jamais de virgule devant un et ! » [Grrr !]

Attention au chien !

Bon ! Il est vrai que si j’écris « Jean, et Rémi vont à la pêche », je fais effectivement une faute de ponctuation. Nul ne le contestera. Pourtant, imaginons à présent que je veuille apporter une précision au sujet de Jean : dire, par exemple, que c’est bien du « grand Jean » que je parle (pour le différencier d’un autre). J’insère alors dans mon discours une information, un commentaire, que je pourrais fort bien placer entre parenthèses. Je note donc :
« Jean (le grand Jean) et Rémi vont à la pêche » ;
ou « Jean, le grand Jean, et Rémi vont à la pêche ».
Si par malheur j’ai gardé à l’esprit qu’il ne faut pas de virgule devant un et, je griffonne :
« Jean, le grand Jean et Rémi vont à la pêche. »
Et mon lecteur sera alors en droit de penser qu’ils sont trois à être partis pêcher. De fait, cette absence de virgule devient une véritable faute, de même qu’il y en aurait une si je rédigeais sans fermer la parenthèse : « Jean (le grand Jean et Rémi vont à la pêche. »
Cela vous semble évident ! Dans un sens inverse, faisons tout de même attention ! Si Jean et Rémi partent avec leur labrador, gardons-nous bien d’écrire : « Jean, le gros toutou, et Rémi vont à la pêche. »

Non ! Ce n'est pas fini !

Et puisque nous sommes si bien partis, examinons encore cinq cas où la virgule et le et font si bon ménage.

1. Lorsque la conjonction et est répétée, la virgule est nécessaire (sauf dans le cas de mots isolés sujets d'un même verbe).
Tous trois chantaient en chœur, et le père avec la mère, et les parents avec l'enfant.

2. Quand le et sert d'amorce à une conclusion, qu'il introduit une déduction ou une action simultanée, il est d'usage de le faire précéder d'une virgule.
Les enfants entendirent la cloche sonner, et ils en furent heureux !

3. Si on veut insister sur le dernier point d'une énumération, l'emploi de la virgule avant le et est tout à fait possible (n'abusez tout de même pas de ce procédé).
En tête du peloton : Laurent Fignon, Greg LeMond, et Bernard Hinault.

4. En présence de plusieurs et pouvant entraîner une ambiguïté, n'hésitons pas à ajouter une virgule.
Nous travaillerons lundi et mardi, et mercredi sera jour de repos.

5. La conjonction et peut enfin faire partie d'une incise. Elle sera donc précédée… d'une virgule !
Il est alors probable, et même certain, que vous ne direz plus jamais : « Jamais de virgule avant un et ! »

Ne ratez pas non plus à ce sujet : Et une virgule changea le cours de l'Histoire.

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mardi 3 avril 2018

Quatre hommes et un papillon (histoire drôle)

Dès la semaine prochaine, retrouvez de nouveaux articles sur unmondesansfautes.blogspot.fr. En attendant, je vous propose cette jolie petite histoire trouvée sur le Net.

histoire drôle un monde sans fautes
Un Anglais, un Français, un Espagnol et un Allemand admirent ensemble un papillon.
« BUTTERFLY ! s’exclame l’Anglais. Je dis : la langue anglaise exprime parfaitement le gracieux vol, le léger insecte, n’est-il pas ? »
Le Français reprend : « PAPILLON, papillon, n’entendez-vous pas dans ce joli mot l’éphémère, toute la fragilité de cette courte vie ? N’entendez-vous pas tout le génie de la langue de Molière, le… »
« Hombre ! interrompt l’Espagnol. MARIPOSA ! Voilà l’exemplarité d’un terme espagnol qui traduit le vert, le yaune, le rojo, toute la vivacité des couleurs de cet animal et de la belle Andalousie ! »
(Silence gêné des quatre hommes.)
« Pourkoi me rekardez-fous komme ça ? finit par demander l’Allemand. Che ne fois fraiment pas ce que fous reprochez à SCHMETTERLING ? »

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