mardi 14 août 2018

Ne jetez plus d'« e » aux lions ! (Les participes passés suivis d'un infinitif)

Un « e » peut changer le cours d'une existence. La preuve !

« Hélène M., grande exploratrice, était ce jour-là au pays des lions, dans la savane. J'étais présent et je m'en souviendrai toute ma vie. Je l'ai vu(e) manger »
La suite de cette histoire, vous l'avez compris, est intimement liée à la présence ou non de ce « e » à « vu ». Elle est surtout liée à la règle de l'accord du participe passé suivi d'un infinitif.
Pour bien comprendre, examinons ces deux exemples, repris par la majorité de nos bonnes vieilles grammaires :
- « La diva était présente, je l'ai entendue chanter hier. »
- « La sonate était magnifique, je l'ai entendu jouer hier. »
« Entendue » et « entendu » ! Pourquoi diable cela ? Pour simplifier, retenons simplement ceci : si le COD placé avant l'auxiliaire « avoir » fait l'action du verbe à l'infinitif, le participe passé s'accorde avec ce COD ; dans le cas contraire, non.


participes passés suivis d'un infinitif
« Une exploratrice ! Où ça ? »
Dans le premier exemple :
j'ai entendu qui ? La diva, repris par le « l' » (COD placé avant l'auxiliaire). Cette diva fait bien l'action du verbe à l'infinitif ; c'est elle qui chante. Donc on accorde.
En revanche, ce n'est pas la sonate qui joue (donc pas d'accord). D'accord ? Allez ! Relisez une fois s'il le faut, vous allez finir par comprendre.
Et notre petite histoire ? Avec un « e » à « vue », c'est « l'happy end » :
« Je l'ai vue manger une pomme au milieu des fauves. » (C'est bien l'exploratrice qui mange.)
Si le « e » est absent, désolé, cela devient plus tragique :
« Je l'ai vu mangerpar des lions. »

Vous avez tout compris ! Alors vous êtes presque prêt pour le test n° 2 sur les participes passés.

Toutes les règles des participes passés : la formation qu'il vous faut est ici !

jeudi 12 avril 2018

Le « et » et la virgule : « Je t’aime, moi non plus »

peut-on mettre une virgule devant un et, virgule et et
« T'as vu, je te l'avais dit : tout est désormais possible entre nous ! » (Illustration : Mario Senatore)

Ils nous l’ont tellement répété lorsque nous étions petits : « Il ne faut pas mettre de virgule devant un et » ! Nos maîtres d’école avaient certainement raison de nous dire cela, tant les phrases des enfants restent simples et ne nécessitent pas de s’encombrer de subtilités réservées aux plus grands.
Il reste en revanche un peu moins normal que cette idée, un tantinet trop assénée, élevée parfois au rang de énième commandement, demeure encore en l'état une fois adulte. À tel point que certains refusent systématiquement de faire précéder un et d’une virgule, au risque… de commettre une faute. « T’as jamais appris ça à l’école : jamais de virgule devant un et ! » [Grrr !]

Attention au chien !

Bon ! Il est vrai que si j’écris « Jean, et Rémi vont à la pêche », je fais effectivement une faute de ponctuation. Nul ne le contestera. Pourtant, imaginons à présent que je veuille apporter une précision au sujet de Jean : dire, par exemple, que c’est bien du « grand Jean » que je parle (pour le différencier d’un autre). J’insère alors dans mon discours une information, un commentaire, que je pourrais fort bien placer entre parenthèses. Je note donc :
« Jean (le grand Jean) et Rémi vont à la pêche » ;
ou « Jean, le grand Jean, et Rémi vont à la pêche ».
Si par malheur j’ai gardé à l’esprit qu’il ne faut pas de virgule devant un et, je griffonne :
« Jean, le grand Jean et Rémi vont à la pêche. »
Et mon lecteur sera alors en droit de penser qu’ils sont trois à être partis pêcher. De fait, cette absence de virgule devient une véritable faute, de même qu’il y en aurait une si je rédigeais sans fermer la parenthèse : « Jean (le grand Jean et Rémi vont à la pêche. »
Cela vous semble évident ! Dans un sens inverse, faisons tout de même attention ! Si Jean et Rémi partent avec leur labrador, gardons-nous bien d’écrire : « Jean, le gros toutou, et Rémi vont à la pêche. »

Non ! Ce n'est pas fini !

Et puisque nous sommes si bien partis, examinons encore cinq cas où la virgule et le et font si bon ménage.

1. Lorsque la conjonction et est répétée, la virgule est nécessaire (sauf dans le cas de mots isolés sujets d'un même verbe).
Tous trois chantaient en chœur, et le père avec la mère, et les parents avec l'enfant.

2. Quand le et sert d'amorce à une conclusion, qu'il introduit une déduction ou une action simultanée, il est d'usage de le faire précéder d'une virgule.
Les enfants entendirent la cloche sonner, et ils en furent heureux !

3. Si on veut insister sur le dernier point d'une énumération, l'emploi de la virgule avant le et est tout à fait possible (n'abusez tout de même pas de ce procédé).
En tête du peloton : Laurent Fignon, Greg LeMond, et Bernard Hinault.

4. En présence de plusieurs et pouvant entraîner une ambiguïté, n'hésitons pas à ajouter une virgule.
Nous travaillerons lundi et mardi, et mercredi sera jour de repos.

5. La conjonction et peut enfin faire partie d'une incise. Elle sera donc précédée… d'une virgule !
Il est alors probable, et même certain, que vous ne direz plus jamais : « Jamais de virgule avant un et ! »

Ne ratez pas non plus à ce sujet : Et une virgule changea le cours de l'Histoire.

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mardi 3 avril 2018

Quatre hommes et un papillon (histoire drôle)

Dès la semaine prochaine, retrouvez de nouveaux articles sur unmondesansfautes.blogspot.fr. En attendant, je vous propose cette jolie petite histoire trouvée sur le Net.

histoire drôle un monde sans fautes
Un Anglais, un Français, un Espagnol et un Allemand admirent ensemble un papillon.
« BUTTERFLY ! s’exclame l’Anglais. Je dis : la langue anglaise exprime parfaitement le gracieux vol, le léger insecte, n’est-il pas ? »
Le Français reprend : « PAPILLON, papillon, n’entendez-vous pas dans ce joli mot l’éphémère, toute la fragilité de cette courte vie ? N’entendez-vous pas tout le génie de la langue de Molière, le… »
« Hombre ! interrompt l’Espagnol. MARIPOSA ! Voilà l’exemplarité d’un terme espagnol qui traduit le vert, le yaune, le rojo, toute la vivacité des couleurs de cet animal et de la belle Andalousie ! »
(Silence gêné des quatre hommes.)
« Pourkoi me rekardez-fous komme ça ? finit par demander l’Allemand. Che ne fois fraiment pas ce que fous reprochez à SCHMETTERLING ? »

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lundi 19 février 2018

Un monde sans fauteS

Plusieurs lecteurs bien intentionnés m'ont fait part de leur étonnement de trouver un « s » à « faute » dans le titre de ce blog. Ce faisant, ils me suggéraient fort charitablement (ce dont je les remercie) que j'aurais peut-être commis, en la circonstance, une faute.
Malgré toute ma vigilance, il est possible que quelques erreurs, sournoises, comme tapies dans l'ombre, se cachent au cœur de ces pages. J'en suis désolé. Si vous en débusquez une, je vous saurais d'ailleurs gré de m'en informer. Mais ce n'est pas dans ce titre qu'il vous faudra la chercher. Le mot « faute » prend bien un « s » dans « un monde sans fautes », de même que dans « une dictée sans fautes ».

sans faute ou sans fautes
« Ben oui ! Je ne recherche qu'une famille.
En revanche, si j'étais sans chaussures,
J'en rechercherais deux (chaussures). »
L'excellent Dictionnaire des difficultés de la langue française (A. V. Thomas, éditions Larousse) nous précise que : « Sans peut être suivi du singulier ou du pluriel. Ainsi, on écrit : Être sans place, Des outils sans manche, parce qu'on ne peut occuper qu'une seule place à la fois et qu'un outil n'a qu'un seul manche ; mais généralement : Une femme sans enfants, Un gilet sans manches, parce qu'une femme peut avoir plusieurs enfants et qu'un gilet, quand il a des manches, en a toujours deux. »

Sous un ciel sans nuages

De la même manière, on écrira « une chemise sans boutons », « un ciel sans nuages », « une maison sans fenêtres et sans cheminée ».
La langue française n'étant pas rigide, il sera toutefois possible d'écrire « une maisonnette sans fenêtre » (suggérant ainsi qu'elle est si petite qu'elle ne pourrait guère en avoir plus d'une), « un château sans cheminées » ou, pour reprendre une exemple mentionné ci-dessus, « une jeune fille sans enfant » (si jeune qu'elle ne pourrait en avoir plusieurs)…
Et « une dictée sans fautes », alors ? Les ouvrages de grammaire l'écrivent bien ainsi. Sûrement parce que, dans un tel exercice, il est possible d'en commettre beaucoup [de fautes], mais surtout afin de mieux distinguer « sans fautes » (avec un « s ») de la locution adverbiale « sans faute », qui signifie « à coup sûr » (« Je serai à ce rendez-vous à 7 h 30, sans faute »).
Si vous voulez insister sur le fait qu'aucune faute n'a été commise dans une dictée, le français vous propose bien d'autres solutions : « Il a écrit une dictée sans aucune faute », « Il a fait zéro faute à sa dictée », « Il a réalisé un sans-faute [équivalent de zéro faute ; et notez le trait d'union] à sa dictée ».
Finalement, tout l'intérêt de la présence ou non de ce « s » se retrouve dans l'exemple suivant (découvert par hasard sur un forum) :
- Je vous écrirai demain sans faute.
À bien distinguer de :
- Je vous écrirai demain sans fautes.


Êtes-vous un champion des participes passés ? Ce petit test pour le savoir (votre score s'affiche immédiatement pour les trois tests en ligne). À vous de jouer : ICI.
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