mardi 16 décembre 2014

Ne jetez plus d'« e » aux lions ! (Les participes passés suivis d'un infinitif)

Un « e » peut changer le cours d'une existence. La preuve !

« Hélène M., grande exploratrice, était ce jour-là au pays des lions, dans la savane. J'étais présent et je m'en souviendrai toute ma vie. Je l'ai vu(e) manger »
 
La suite de cette histoire, vous l'avez compris, est intimement liée à la présence ou non de ce « e » à « vu ». Elle est surtout liée à la règle de l'accord du participe passé suivi d'un infinitif.
Pour bien comprendre, examinons ces deux exemples, repris par la majorité de nos bonnes vieilles grammaires :
- « La diva était présente, je l'ai entendue chanter hier. »
- « La sonate était magnifique, je l'ai entendu jouer hier. »
 
« Entendue » et « entendu » ! Pourquoi diable cela ? Pour simplifier, retenons simplement ceci : si le COD placé avant l'auxiliaire « avoir » fait l'action du verbe à l'infinitif, le participe passé s'accorde avec ce COD ; dans le cas contraire, non.


participes passés suivis d'un infinitif
« Une exploratrice ! Où ça ? »
Dans le premier exemple :
j'ai entendu qui ? La diva, repris par le « l' » (COD placé avant l'auxiliaire). Cette diva fait bien l'action du verbe à l'infinitif ; c'est elle qui chante. Donc on accorde.
En revanche, ce n'est pas la sonate qui joue (donc pas d'accord). D'accord ? Allez ! Relisez une fois s'il le faut, vous allez finir par comprendre.
 
Et notre petite histoire ? Avec un « e » à « vue », c'est « l'happy end » :
« Je l'ai vue manger une pomme au milieu des fauves. » (C'est bien l'exploratrice qui mange.)
Si le « e » est absent, désolé, cela devient plus tragique :
« Je l'ai vu mangerpar des lions. »

Vous avez tout compris ! Alors vous êtes presque prêt pour le test n° 2 sur les participes passés.

Toutes les règles des participes passés : la formation qu'il vous faut est ici !

10 commentaires:

  1. Est-ce que la phrase suivante est alors correcte, si on tient absolument à accorder quelque chose avec la sonate :
    - La sonate était magnifique, je l'ai entendu jouée hier.

    RépondreSupprimer
  2. Non, désolé, cette phrase ne serait pas correcte, pour deux raisons... Je pourrai vous expliquer cela plus tranquillement demain.
    Merci en tout cas pour cette question !

    RépondreSupprimer
  3. (Suite du commentaire précédent)

    « Cette sonate était magnifique, je l’ai entendu jouée hier. »

    Pourquoi cette phrase serait incorrecte ? Les deux raisons.

    1. Si on tenait absolument à mettre « jouée » (participe passé utilisé comme adjectif, attribut du COD « l' » = « sonate »), il faudrait à ce moment-là accorder « entendu » avec sonate :
    « Je l’ai entendue jouée hier. »
    En effet, on reviendrait ici à la règle classique du participe passé utilisé avec l’auxiliaire avoir (invariable, sauf si précédé d’un COD, ce qui est le cas ici).

    2. L’utilisation de « jouée » à la place de « jouer » serait je pense fort discutable. Pourquoi ?
    Prenons un autre exemple pour essayer d’être clair :

    Cette maison, je l’ai vu construire dans les années soixante-dix.
    Cette maison, je l’ai vue construite dans les années soixante-dix.

    On voit ici que l’infinitif permet de décrire une action en cours de réalisation dans le passé.
    Le participe passé, lui, indique une action achevée dans ce même passé.
    Dans l’exemple de la sonate, un infinitif serait donc sûrement plus approprié.

    En espérant avoir été assez clair…

    Bien cordialement

    RépondreSupprimer
  4. Bonjour,

    J'aimerais savoir, est-ce que cette règle s'applique également pour le participe passé de faire et laisser ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonsoir Daphné ! Merci beaucoup pour cette question qui me permet d'apporter quelques précisions complémentaires.

      1. Les participes passés des verbes « faire » et « se faire » suivis d'un infinitif seront toujours invariables.
      Vous remarquerez d'ailleurs que : si un COD est placé devant, il ne sera jamais le COD de « fait » ; toujours celui du verbe à l'infinitif. Le non-accord de « fait » + infinitif ne déroge donc pas à la règle générale (en revanche, on ne pourra que difficilement appliquer ici l'astuce mentionnée dans l'article ; c'est pourquoi il vaut mieux retenir une fois pour toutes qu'il ne s'accorde jamais).

      2. En ce qui concerne « laissé »…
      Plusieurs grammairiens estiment que « laissé » + infinitif doit être considéré comme « fait » + infinitif ; d'autres, non. La question est assez discutée.
      L'Académie française, elle, nous laisse la possibilité d'accorder ou non. Oui, vous avez donc vraiment le choix entre :
      – ne jamais accorder « laissé » + infinitif,
      – l'accorder selon la règle générale mentionnée dans l'article.

      Exemples :
      * « Nos chiens, je les ai laissés gambader » (ce sont les chiens qui gambadent) ou « je les ai laissé gambader » (puisque l'Académie permet de ne pas accorder).
      * « Ces photos, je les ai laissé regarder » (ce ne sont pas les photos qui regardent ; invariable dans tous les cas).

      À titre personnel, je continue d'accorder « laissé » selon la règle traditionnelle.

      Bien cordialement.

      Supprimer
    2. Merci beaucoup pour ces précisions. je me posais souvent la question, c'est très clair désormais !

      Supprimer
  5. Je suis ravie de comprendre les règles décrites ci dessus (ou confirmer ce que je pensais savoir) et je réalise à quel point mon ignorance est sans limite ��

    RépondreSupprimer
  6. Bonjour Hervé,

    « 1. Les participes passés des verbes « faire » et « se faire » suivis d'un infinitif seront toujours invariables.»

    Il faudrait le rappeler à ne nombreuses personnes, dont la plupart des journalistes à la radio qui ne reculent pas devant : « Elle s'est faite gronder »

    Bien amicalement
    Xavier

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour Xavier,
      Merci pour votre message et désolé de ne pas vous avoir répondu plus tôt.
      Je vais ajouter une note pour le participe passé de « faire » plus un infinitif. Je n'en parlais pas volontairement, pour ne pas alourdir un texte déjà dense, mais il est vrai que l'on peut difficilement se passer de l'évoquer.
      La question m'a d'ailleurs été déjà posée, dans un commentaire précédent (participes passés de « faire » et de « laisser » suivis d'un infinitif)…
      Merci encore, Xavier !

      Supprimer