jeudi 23 avril 2015

Habiter sous un coin de ciel bleu de France (les gentilés)

Villes et villages de France ! Parfois nichés au creux d'une vallée, au cœur d'une forêt, au bord d'un fleuve… Et le nom savoureux de leurs habitants !
habitants de Lisieux Lexoviens, gentilés
Contrairement à d'autres, le nom des habitants de Lampaul-Guimiliau (Finistère) est assez sage : les Lampaulais.

Deux passionnés ont créé voici onze ans un joli petit site, habitants.fr, entièrement consacré aux gentilés des quelque 36 000 communes de l’Hexagone. Ah ! que ces noms d’habitants sont intéressants ! Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’ils contribuent à la richesse de notre langue. Imaginez ! Trente-six mille noms propres (donc dotés de majuscules) pouvant être  aussi utilisés comme adjectifs (un Parisien, un musée parisien ; un Lexovien – habitant de Lisieux –, la basilique lexovienne). Jetez à présent un coup d’œil sur vos dictionnaires (noms propres et noms communs) ! Combien de mots référencent-ils ? Vous croyez que vous y trouverez les 36 000 gentilés que nous venons d’évoquer ! Que nenni ! Et voilà une autre raison de s’intéresser à ces mots singuliers : ils sont peu référencés.
Notons enfin que les ouvrages consacrés aux difficultés de la langue française ont longtemps accordé une place privilégiée à ces vocables à la construction parfois délicate. J’ai sous les yeux un livre édité à la fin des années soixante-dix, Parlons (correctement) français, concocté par le regretté Jacques Capelovici (agrégé de l’Université et alors animateur des « Jeux de 20 heures »). Aux côtés de règles d’accords particuliers, de noms communs au genre incertain, Maître Capelo célébrait les Bajocasses de Bayeux (département du Calvados), les Clodoaldiens de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), les Mussipontains de Pont-à-Mousson (Vosges)…

Toutouvillais et Bragards : vous connaissez ?

Oui, ces gentilés fleurent bon le terroir, le cassoulet fait maison, l’humus d’un sous-bois par un beau matin de printemps, la galette bien beurrée que l’on déguste à la terrasse d’une crêperie armoricaine ! Ils font partie de notre patrimoine !
Dans nos villages, il n’est d’ailleurs pas rare que l’on y soit aussi attaché qu’au monument érigé, tout près de l’église, à la mémoire des Poilus. Tiens ! les poilus ! Cela me fait penser aux Pictiens, les habitants de Poil, commune du département de la Nièvre, un nom à rapprocher de celui des Ardennais de Poilcourt-Sydney : les Poilcourtois. Et il en est d’autres (gentilés), à être assez cocasses ! Savez-vous, par exemple, que les habitants de Villechien, département de la Manche, s’appellent les Toutouvillais ? Qu’à Longcochon, commune du Jura, on se souvient encore qu’une coquille administrative est à l’origine de la transformation de Longcoucher en Longcochon, et qu’en conséquence on y revendique toujours le nom de Couchetards ? Les Aiglons de L’Aigle (département du Calvados) portent aussi un nom original, de même que les Fourchus de Fourches (Calvados), les Croquants de Crocq (Creuse), les Druydes de Druy-Parigny (Nièvre), les Grâcieux de Grâces (Côtes-d’Armor), les Moucherons de La Mouche (Manche), les Lutins de Luc-sur-Mer (Calvados), les Beauvoisins* de Beauvoir (Manche)… Et que penser des Croûtons* des Croûtes, dans le département de l'Aube ?
Tout aussi originaux sont les Chats-Gris et les Chats borgnes, habitants de deux communes voisines du Doubs : Métabief et Saint-Antoine (on raconte que des querelles de clochers sont à l’origine de ces sobriquets).
Les Bragards, ou Bragars, eux, sont inclassables. François Ier serait à l’origine de leur surnom. En 1544, il se serait exclamé : « Ah, les braves gars ! », après avoir appris leur résistance héroïque face aux troupes de l’empereur Charles Quint. La ville des Bragards ? Saint-Dizier !

Atrebates et Carolomacériens

Bon ! Il faut reconnaître que nombre de gentilés sont plus banals : Rennais, Parisiens, Toulonnais, Strasbourgeois… Mais même en se limitant aux seules préfectures, on en trouve de plus inattendus : Bressans ou Burgiens (Bourg-en-Bresse), Carolomacériens (Charleville-Mézières), Fuxéens (Foix), Ruthénois (Rodez), Berruyers (Bourges), Briochins (Saint-Brieuc), Pétrocoriens (Périgueux), Bisontins (Besançon), Valentinois (Valence), Ébroïciens (Évreux), Auscitains (Auch), Castelroussins (Châteauroux), Lédoniens (Lons-de-Saulnier), Ponots ou Podots (Le Puy), Cadurciens (Cahors), Saint-Lois (Saint-Lô), Arrageois ou Atrebates (Arras), Palois (Pau), Vésuliens (Vesoul), Manceaux et Mancelles (Le Mans), Montalbanais (Montauban), Spinaliens (Épinal), Balbyniens (Bobigny) ou encore Cristoliens (Créteil).
Et bien entendu, j’ai gardé mes préférés pour la fin : les Réginaburgiens de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), les Épiscopaliens de Bourg-l’Évêque (Maine-et-Loire), les Castel-Papaux et Castel-Papales de Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse), les Sparnaciens d’Épernay (Marne), les Gynépolitains de La Ville-aux-Dames (Indre-et-Loire), les Dionysiens de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), les Pontellois-Combalusiens* de Pontault-Combault (Seine-et-Marne), les Dagovéraniens* de Ville-d'Avray (Hauts-de-Seine) et les Villacalvitiens* de Villechauve (Loir-et-Cher).
Elle n’est pas belle, la France ?

* Les gentilés suivis de ce signe nous ont été signalés par des membres du Bon usage de la langue française, sur LinkedIn : Gilles Barnet, Anne Berneur, Claude Derhan, Xavier Desvaux, Bruno Durteste. Qu'ils en soient vivement remerciés !


Vous connaissez le nom des habitants des capitales d’Amérique du Sud ? Non ? Suivez-moi : Pampa, maracas… et habitants des capitales sud-américaines.

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